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  • Matthieu Clainchard
  • It’s like a jungle sometimes. It makes me wonder how I keep from going under (bis)
  • MATTHIEU CLAINCHARD : EXPOSITION PERSONNELLE

    avec les oeuvres de Fayçal Baghriche, Lewis Baltz, Yves Belorgey, Stanley Brouwn,  Dector & Dupuy, Vincent Ganivet, Liam Gillick, Peter Halley, Denis Hopper, Colombe Marcasiano, Benjamin Seror, Veit Stratmann, Raphael Zarka…

    Dans The Message, attribué à Grand Master Flash & The Furious Five, le rappeur Melle Mel décrivent pendant 7 minutes avec un réalisme désabusé sa vie au quotidien dans le New York des années 80. En rupture par rapport à la musique hip hop de l’époque, qui se voulait plutôt un exutoire festif à la misère encore teintée de ségrégation des ghettos blacks, The Message inaugure le tournant politique d’un mouvement musical qui décide de se nourrir de son contexte de production plutôt que de l’ignorer pour le rendre invisible.

    Cette position où la lucidité l’emporte sur le spectacle en le subvertissant de l’intérieur est le point de départ de la première exposition personnelle de Matthieu Clainchard depuis la cessation de son activité au sein du collectif Bad Beuys Entertainment.

    L’exposition est composée comme une représentation schématique et parcellaire d’un paysage à forte connotation urbaine. Ce cadre familier permet à l’artiste de proposer une fiction du réel, où la ville est à prendre comme un objet physique ET virtuel qui serait à la fois un lieu, une durée, un espace mental et un lieu de culture: historique, sociale, politique. La construction de cette nouvelle occurrence « ville » sur un plan purement imaginaire mêlant différentes dimensions, temporelles, spatiales, philosophiques, emprunte clairement à la construction classique de la science fiction (objet familier mais étranger à la fois). Cet artifice permet à Clainchard d’articuler différent niveaux de discours et de représentations, et de poser l’hypothèse de l’existence de perceptions alternatives « transdistinctionnelles ».

    Discourant sur le corps social, le vivre ensemble, les médias, les systèmes politiques et administratifs, la grande et la petite histoire, la place des artistes et des cultures alternatives, Clainchard cherche à démanteler la construction des corps et des espaces sociaux tout en affirmant l’imaginaire à la fois comme porte de sortie et fiction agissante: en effet nombre de ses œuvres font référence à, voir n’existent que dans des espaces hors white cube, qu’elles modifient comme si art et vie étaient au final bien mêlés, dans des processus proches de ceux utilisés par des artistes tels que Marcel Broothaers, Paul Devautour, ou encore Philippe Parreno.
    On notera d’ailleurs que comme chez les artistes précités, la forme des œuvres chez Clainchard n’est qu’une résultante de processus d’apparition complexes, d’où un aspect déceptif et/ou ready-made récurrent et revendiqué. L’utilisation obligée de vocabulaires formels préexistant issus d’histoires des arts variées se fait dans la conscience du storytelling les accompagnant et une méfiance envers la notion de « style » en général.
    Prenant également acte de la modification du statut de l’auteur quel qu’il soit en ce début de XXIe siècle, l’exposition convoque de façon assumée les œuvres d’autres artistes dans la construction de cette grande image dont Clainchard se retrouve au final l’auteur principal. Jouant le jeu de l’affrontement entre autonomie et appartenance à un propos collectif, les œuvres se font les avocates d’un propos engagé sur le sens des images, les notions de manipulation et de souveraineté, d’autant plus que la plupart d’entre elles entretient déjà un rapport plus ou moins direct à ces problématiques.

    Loin des discours éculés et vendeurs sur les utopies et à rebours d’un structuralisme conservateur, c’est à un brainstorming enthousiasmant et protéiforme, nourri de multiples théories actuelles, des cultural studies6 au storytelling en passant par les philosophies du risque et de l’accident, que nous convie Clainchard, sur le refrain entêtant de The Message: It’s like a jungle sometimes, it makes me wonder how I keep from going under…

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