MENU

  • Pierre Labat, Simon Feydieu
  • OÙ lieu d’exposition pour l’art actuel
  • Un partenariat et une Carte Blanche à l’excellent Galeriste Paul RAGUENES directeur de la Galerie Snap.Projects (Lyon 69) – qui présente Simon FEYDIEU et Pierre LABAT

    Contacts.: Paul Raguenes / infos.snap@gmail.com / 06 74 84 67 06

    Dans le cadre d’un partenariat avec SNAP Projets, l’École d’art de Lyon et le Réseau Adèle

    OÙ lieu d’exposition pour l’art actuel
    58 rue Jean de Bernardy 13001 Marseille
    Horaires et jours d’ouverture sur rdv jeudi-samedi _ 16h-19h, et plus selon les événements in situ – T.:06 98 89 03 26
    Espace d’expérimentation et d’exposition, de résidence atelier/logement

    L’Association OÙ est soutenu par le Département 13, la Région PACA, la Ville de Marseille et les membres de l’Association OÙ.
    Partenaires des expositions : QUOTIDIEN DE L’ART, 8ème Art et Paris-ART.
    L’Association OÙ est membre du réseau MARSEILLE EXPOS.
    Les Actions de l’Association OÙ reçoivent le soutient de mécènes privés.

    °°°°°°°°°°°°°

    SIMON FEYDIEU

    https://snap-projects.com/artists/simon-feydieu/

    • texte •
    Mon goût pour les propriétés intrinsèques, chimiques ou architectoniques des matériaux que j’emploie est indirectement lié à l’influence que l’Arte Povera a eue sur ma pratique de sculpteur. Je m’évertue à les choisir déjà façonnés industriellement, calibrés et standards. Il ne s’agit donc pas de matières premières, pauvres ou nobles, et de leur pouvoir symbolique mais bien de leur conditionnement et de leur destination à un environnement ordinaire.
    Ces matériaux sont d’ailleurs destinés à l’aménagement de l’architecture plutôt qu’à sa construction. Pas de fondation mais bien une intervention dans un espace préexistant. C’est en ces termes que j’envisage la part in situ et éphémère de mon travail : si l’artiste construit, il ne s’agit en rien de bâtir.
    Les travaux plus récents ont délaissé la part in situ de mon travail pour s’intéresser au potentiel pictural des matériaux employés dans mes installations antérieures, notamment par la réalisation de bas en reliefs. Ceux-ci mélangent tant des processus de fabrication objectifs, proches de l’art concret, que des techniques picturales illusionnistes, dans la tradition des trompes l’oeil matiéristes et des « panneaux feints ».
    Simon Feydieu

    °°°

    PIERRE LABAT
    www.pierrelabat.net
    Vit et travaille à Bordeaux

    • textes •
    Entretien entre Solenn Morel et Pierre Labat

    Paru dans le catalogue de l’exposition Derrière les panneaux, il y a des hommes :
    La Tôlerie, un ancien garage réhabilité, offre un espace singulier loin des espaces neutres incarnés par les white cube ou, à l’opposé, des lieux patrimoniaux souvent spectaculaires que de nombreux centres d’art occupent. Toi qui inscris toujours tes interventions de manière spécifique, comment as-tu envisagé et appréhendé cette invitation ? Quelles qualités intrinsèques de ce lieu as-tu choisi de considérer particulièrement ?

Lorsque j’ai reçu ton invitation pour participer à cette exposition, je ne connaissais le lieu que de réputation; je savais juste qu’il était grand, voire très grand. À ce moment, en vacances, je me faisais donc une image mentale d’un lieu immense, sans avoir aucune idée des autres aspects, murs, plafonds, etc…. L’idée première était donc de partir du centre, au sol. Peu de temps auparavant, lors d’une visite à Océanopolis à Brest, je suis tombé en arrêt devant un morceau de corail exposé ; je m’intéresse depuis quelques années à la morphogenèse, et à toutes ces formes créées par la nature sans conscience, du moins visible par l’homme, d’une forme globale, créées par des milliers d’éléments (nuées d’oiseaux, bancs de poissons, etc.).
Il fallait donc que mon projet parte du centre (sans toucher les murs, ni le plafond que je ne connaissais pas à l’époque), et qu’il se développe, selon un système, à partir d’une forme première. Le mur en tant que pattern ou structure s’imposait à moi. Ces recherches ont aussi débouché sur d’autres, notamment sur la géométrie fractale, où là aussi une chose est présente en elle-même, comme ici, où un mur développe en son sein un autre mur qui à son tour s’ouvre encore, créant les portes.


Quand j’ai conçu Derrière les panneaux, il y a des hommes, j’imaginais pour ce premier volet une installation centrale qui organise l’espace sans que soit nécessaire l’utilisation de cimaises. Une œuvre dont la présence dans ce lieu dépouillé soit ambiguë, apparaissant à la fois comme appendice (du lieu dans lequel elle s’inscrit) mais aussi et surtout comme sculpture aux qualités propres. J’ai ainsi naturellement pensé à toi tant tes pièces jouent de cette ambivalence – empruntant autant au vocabulaire formel des éléments de mobilier propre à toute exposition (tels que les cimaises, les bancs ou encore les socles) – qu’à la sculpture minimale qui engage spécifiquement un rapport physique avec le spectateur. Comment envisages-tu cette équivoque ?
Et comment, d’après toi, celle-ci affecte la relation des visiteurs à ton travail ?

« I want to be a part of it 1 » . Je veux toujours faire partie du lieu, être avec le lieu. Ne pas être un lieu, mais que le travail soit comme ayant toujours été là. Le spectateur est forcément dans le lieu. Ici on passe de l’arche à la table, avec un objet qui est toujours le même, vu de face. Mais qui varie selon notre corps, notre relation à ce qui est plus petit que nous et plus grand, ce sur quoi l’on pose, ce en dessous de quoi l’on passe. Je veux aussi toujours que l’objet s’efface dans sa couleur, son matériau. On ne se demande pas en quoi c’est fait, ni comment ça a été construit, ni d’où ça vient. On va directement, j’espère, à la question : pourquoi ces formes, là, dans cet ordre ? La question est dans la forme, pas dans un signifiant, ou un auteur rapporté, ou une citation qui invoque des forces absentes. Mais la forme ne s’appréhende pas par un regard fixe ; les formes se cachent entre elles, et l’on doit « parcourir ». Je pense ici beaucoup à Aristote et aux « péripatéticiens » ; on doit marcher pour comprendre.
L’ambivalence dont tu parles, et la nette mais incertaine absence d’affect est aussi là pour soulever ces questions de la nature de l’œuvre ; bois, peinture, présents dans le lieu pour d’autres usages ? Assemblés, traités avec la même attention que le reste du lieu ? Que fait l’œuvre ? Qui fait l’œuvre ? Que et qui fait l’exposition ? Toi, nous les artistes, les techniciens, la personne à l’accueil pendant toute l’exposition ? Tout ça fait œuvre. Ces murs blancs laissent toute leur part à l’importance de l’idée, de la construction, de la visite, de la médiation, avec des parts plus égales qu’on ne le croit. On peut dire qu’une phrase (ou une citation) est toujours dans un livre, qui est lui-même dans une bibliothèque, elle-même devant un mur. Ou qu’une vidéo sur Internet est dans un cadre, lui-même dans le cadre de l’écran, avec souvent un mur derrière. Tout est important, et toujours dans quelque chose d’autre, plus grand ou autour.


Ce programme met en scène une situation d’entre-deux et ta pièce qui se déploie littéralement dans l’espace illustre parfaitement ce moment en suspension. Chaque porte conduisant à une nouvelle sans pour autant annoncer un espace autre. Il n’y aurait rien avant et rien après, juste des portes et pourtant on avance, on a envie d’aller voir plus loin. Je pense à cette phrase de Jim Morrison : « There are things known and things unknown and in between are the Doors. » Je sais que d’un point de vue métaphorique, ce passage que tu mets en scène évoque un certain nombre de références.
Peux-tu nous en faire part ?

J’aime beaucoup une pièce de Carsten Höller, Sliding Doors, que j’avais vue à la Tate, à Londres, je crois en 2003. Ce travail est constitué d’une suite de portes automatiques coulissantes, parallèles entre elles. Aussi, certaines constructions anciennes comme les dolmens (ou Stonehenge) portent également cette idée de la porte, signalée, pas forcément comme une entrée. D’aussi loin que je le comprends, la plus belle forme dans ce sens est le torii japonais.
Pour Derrière les panneaux, il y a des hommes, j’ai beaucoup pensé à cette chanson de Jacques Brel, où il dit « Même qu’on se dit souvent Qu’on aura une maison Avec des tas de fenêtres Avec presque pas de murs 2 » . Mais aussi à la maison de Franklin, de Robert Venturi 3, où ne sont visibles que les lignes extérieures de la maison de Benjamin Franklin. Dans ces deux exemples, on espère un espace qui ne soit que structure, que vide. On achète du vide, un appartement est un certain nombre de mètres carrés de vide, un ordinateur est intéressant quand il est plein d’un grand vide.
Mais j’espère qu’il y a dans ce travail aussi quelque chose de la contexture de la philosophie ou de la métaphysique. La philosophie n’est pas une suite de réponses, mais une suite de questions. On y étudie une suite de topics ou de thèmes ; dans la métaphysique, qui suit les réponses de la physique, une question entraîne une autre question qui entraîne une autre question. Quizás, quizás, quizás est autant
« peut-être, peut-être, peut-être » que « peut-être que peut-être que peut-être ».


1. New York, New York, Frank Sinatra,1979
2. Ces gens là, Jacques Brel, 1966
3. Ghost Structures (Franklin Houses), Robert Venturi, 1976 Franklin Court, Philadelphia, Pennsylvania.

    °°°

    Ou sinon, rien.
    Le travail de Pierre Labat n’est pas seulement plastique, il s’appréhende aussi comme une expérience totale. Ses pièces, essentiellement des sculptures composées soigneusement en regard d’un lieu, nous entraînent inévitablement dans une série d’allers-retours perceptifs entre l’objet exposé et l’espace d’exposition. En reprenant les termes de Rosalind Krauss, la conscience du spectateur oscille entre architecture et non-architecture [1] .
    La sculpture de Pierre Labat est d’abord physique, d’une apparence parfois massive, et ne craint pas de s’affirmer dans l’espace. Ses œuvres allient une structure géométrique abstraite (plan, ligne, point), quasi architecturale, et un traitement minimal des surfaces, avec une prédilection pour une finition blanche ou noire. Singulièrement, cette façon de traiter les matériaux atténue la consistance physique de ses sculptures ; les plus grandes structures blanches se fondent dans un white cube, les fines tiges d’acier laissent découvrir les murs, les sols, et les perspectives alentour. Présentée au Palais de Tokyo en 2009, la sculpture Affinity nous submerge de prime abord telle une grande vague, puis se fige, et enfin se retire pour se repositionner dans un tout, une unité spatiale… Une pièce symptomatique de cette appréhension visuelle et réflexive : apparaître et disparaître sans cesse, inspirer et expirer à l’infini.
    Pour faire circuler l’attention du spectateur entre l’œuvre et l’espace, Pierre Labat articule aussi différentes notions de vides dans ses sculptures. Le vide permet évidemment au regard de traverser l’oeuvre, et de saisir l’espace et la sculpture en un même moment. Il peut aussi devenir une césure rythmique comme dans Right Here, Right Now.
    Certains vides jouent sur une partition tout à fait différente. Planica est une structure longue et basse, proche du podium (ou du socle) sur laquelle le spectateur peut marcher. Pourtant, une partie reste suspendue dans le vide à quelques centimètres du bord de la sculpture. Mais que se passe t-il donc dans cet espace infime, inaccessible et si déterminant ? On projette alors un espace de vie préservé, la fiction d’un vide créateur, un monde en train de se faire, et au demeurant impénétrable. C’est cette même sensation que l’on peut ressentir devant l’espace tronqué de Space Between au travers duquel on hésiterait à glisser une main, dans le minuscule interstice entre l’acier et le mur de To Phinéas Gage (amorphy, apathy, aphasia), et encore aux points de rencontre des tiges métalliques de Strong Evidence ou Erellperçues comme des zones de tension physique et dramatique. Le vide dans les sculptures de Pierre Labat est un espace fascinant, qui rappelle l’intensité du silence chez John Cage : « Un espace vide ou un temps vide n’existent pas. Il y a toujours quelque chose à voir, à entendre [2] . » Et de ses sculptures a priori silencieuses, on perçoit toujours le bruissement du vivant.
    Et de ses sculptures a priori silencieuses, on perçoit toujours le bruissement du vivant.
    Pierre Labat vu par Philippe Manzone
    Commande de Documents d’artistes Aquitaine, 2014
    [1] Rosalind Krauss, « La sculpture dans un champ élargi », dans L’Originalité de l’avant-garde et autres mythes modernistes, trad. JeanPierre Criqui, Paris, Macula, 1993, p. 111-127.
    [2] John Cage, « Musique expérimentale » in Silence. Conférences et écrits, trad. Vincent Barras, Genève, Contrechamps/Héros-Limite, 2012, p. 9.

    °°°

    • biographie •

    2017-2015
    professeur de sculpture – Esa des Pyrénées – Pau Tarbes

    2016
    fondateur de Bibliotheca & Continuum – Bordeaux

    2011
    résidence à la Villa Kujoyama – Kyoto

    2009
    résidence à La Synagogue de Delme – Lindre-Basse

    2006
    résidence à Astérides – Marseille

    2000
    diplôme national supérieur d’études plastiques
    école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg

    1998
    diplôme national d’aptitude plastiques
    école supérieure des beaux arts de Quimper

    • expositions personnelles •

    2017
    Mute – Interface – Dijon

    2017
    Toute chose étant égale – Galerie Quatre / Galerie Cyrille Putman – Arles

    2016
    Ombre Blanche – Les Ateliers – Clermont Ferrand

    2016
    Mano a mano – Espace pour l’art – Arles

    2015
    L’effet de sol – Galerie Emmanuel Hervé – Paris

    2015
    Les Circonstances – Bikini – Lyon

    2014
    Le mélange des eaux – Blockhaus du hub studio – Nantes

    2013
    Charleston – Artothèque – Pessac

    2013
    Le réel capital – Galerie Cortex Athletico – Bordeaux

    2012
    () )( – Galerie Jeune Création – Paris

    2012
    Smooth Gallery – GalerieAcdc – Bordeaux

    2011
    Abre-Vira – maison d’édition Analogues – Espace pour L’Art – Arles

    2011
    Ruru-Kita – GalerieAcdc – Bordeaux

    2010
    Intersection avec le modèle – GalerieAcdc – Bordeaux

    2009
    Affinity – Module – Palais de Tokyo – Paris

    2008
    Themselves – maison d’édition Analogues – Arles

    2008
    “I” – GalerieAcdc – Brest

    2006
    Hanglamp – La Sirène – Christophe Cuzin Studio – Paris

    • expositions collectives (sélection) •

    2016
    Flatland / Abstractions narratives # 1
    Musée Régional d’Art Contemporain de Sérignan
    avec : Cyril Aboucaya, Wilfrid Almendra, Sylvain Azam, Laëtitia Badaut Haussmann, Becky Beasley,
    Rana Begum, Louidgi Beltrame, Karina Bisch, Simon Boudvin, Jessica Boubetra, Simon Collet, Guy de Cointet,
    Philippe Decrauzat, Thea Djordjadze, Peter Halley, Jugnet+Clairet, Sonia Kacem, Tarik Kiswanson,
    Harald Klingelhöller, Vera Kox, Pierre Labat, Fabio Mauri, John McCracken, Matt Mullican,
    Damián Navarro, Julien Nédélec, Bruno Peinado, Manfred Pernice,
    Mai-Thu Perret, Bojan Sarcevic, Blair Thurman
    commissaires : Marianne Derrien et Sarah Ihler-Meyer

    2016
    On aura au moins tenu jusque là !
    avec : Marine Class, Peter Downsbrough, Aurélie Gravelat, Julie Kieffer, Pierre Labat, Perrine Lacroix,
    Bérénice Merlet, Bernard Moninot, Carole Rivalin, Eri Tomonaga, Capucine Vandebrouck, Michael Viala
    Association Super – Nozay
    commissaire : Mpvite

    2016
    Imagining New Eurasia Project
    Asian Cutural Centre, ACC Creation, Gwangju (Corée du Sud)
    commissaire : Jihoi Lee

    2016
    Je redoute l’hiver parce que c’est la saison du confort (A. Rimbaud)
    Galerie Quatre – Arles
    avec : Antoine Régent, Emma Cozzani, Eve Petruschi, Grégory Jégado, Hans Segers,
    Jean-Marc Andrieu, Linardaki & Parisot, Manuel Salvat, Mathieu Tremblin, Michel Houssin,
    Pierre Labat, Rodolphe Huguet, Suzanne Hetzel, Sylvain Loret
    commissaire : Laurent Bourderon

    2015
    Kaolin
    Galerie Emmanuel Hervé – Paris
    avec : Pauline Bazignan, Robert Breer, Nöel Dolla, Fernanda Gomes, Harald Klingelhöller,
    Pierre Labat, Engel Leonardo, Jarbas Lopes, Charles-Henri Monvert, Camila Oliveira Fairclough,
    Peter Robinson, Sérgio Sister, Bernard Villers
    commissaire : Marianne Derrien

    2015
    Les rives de l’art – Dordogne
    avec : Jean-Luc Bichaud, Christophe Gonnet, Victoria Klot, Pierre Labat, Vincent Olinet,
    Erik Samakh, Yuhsin U Chang
    commissaire : Annie Wolff

    2015
    Effective Spaces
    Macedonian Museum of Contemporary Art – Thessalonique
    avec : Hermann Pitz, Pierre Labat, Nikos Navridis
    commissaires : Denys Zacharopoulos, Thouli Misiroglou, Katerina Nikou, Ariadni Chatzitatsi

    2015
    Syncope
    Festival Baleapop – St Jean de Luz
    avec : Aurélien Cornut-Gentille, Pierre Labat, Paul Le Bras, Olivier Metzger, Polar Inertia
    commissaires : Cécile Cano, Audrey Teichmann

    2015
    Intertidal
    Galerie Eva Meyer – Paris
    avec : Joséphine Kaeppelin, Pierre Labat, Flora Moscovici, Nicolas Muller, Elsa Werth
    commissaires : MbdtCurators – Clément Laigle/Mélaine Rouger

    2015
    Eidôlon
    Galerie Xenon – Bordeaux
    avec : Vincent Dulom, Arnaud Gerniers, Yohann Gozard, Pierre Labat,
    Emmanuelle Leblanc, Roman Moriceau
    commissaires : Pleonasm

    2015
    Fantaisie Claire Obscure
    Rocher de Palmer – Cenon
    avec : Leonor Antunes, Elisabeth Ballet, Monika Droste & Guy Rombouts, Richard Fauguet,
    Katharina Fritsch, Claude Gilli, Pierre Labat, Didier Marcel,
    Guillaume Poulain et Yann Sérandour
    commissaire : Didier Arnaudet

    2014
    (phosphene) – Bruxelles
    Maison d’Odile Repolt et François Huet
    avec : Kasper Bosmans, Marc Buchy, Sylvain Chauveau, Jennifer Douzenel, Vincent Dulom,
    Arnaud Gerniers, Yohann Gozard, Nadia Guerroui, Michel Kotschoubey, Pierre Labat,
    Perrine Lacroix, Isabelle Lartault, Emmanuelle Leblanc, Caroline Le Méhauté,
    Julien Mijangos, Bertrand Parinet, Chantal Vey
    commissaires : Pleonasm

    2014
    Magic Numbers
    le palais des paris – Takasaki
    avec : Camila Oliveira Fairclough, Clément Murin, Hugo Livet, Hervé Bréhier,
    Johanna Fournier, Marie Lancelin, Marion Robin, Minoru Morikawa,
    Rémy Brière, Sébastien Maloberti, Thomas Merret, Vincent Carlier
    commissaires : Martial Déflacieux, Pierre Labat

    2014
    Le cercle parfait de la lune ne dure qu’une nuit
    Château Guiraud – Sauternes
    avec : Pierre Barès, Roxane Borujerdi, Céleste Boursier-Mougenot, Ulla von Brandenburg, Victor Burgin,
    Hervé Coqueret, Peter Fischli & David Weiss, Pierre Labat, Sophie Lamm, Duane Michals, Joachim Mogarra,
    Laurent Montaron, Roman Opalka, Dennis Oppenheim, Giuseppe Penone, Julien Prévieux, Pierre-Lin Renié,
    Jean Sabrier, Gundula Schulze Eldowy, Roman Signer, Josef Sudek, Otmar Thormann, Patrick Tosani,
    Holger Trülzsch, Willy Zielke
    commissaires : Karen Tanguy, Frac Aquitaine, Pierre Labat

    2014
    Seuil
    1 Rue des étables- Bordeaux
    avec : Sylvain Chauveau, Arnaud Gerniers, Yohann Gozard, Pierre Labat
    commissaires : Pleonasm

    2014
    L’effacement des cartes (ou les index cachés)
    Les Instants Chavirés – Montreuil
    avec : Jason Glasser, Céline Vaché-Olivieri, Jean-Marc Chapoulie, Pierre Labat, Jennifer Douzenel,
    Julien Tibéri, Colombe Marcasiano, Mario de Vega
    commissaire : Guillaume Constantin

    2014
    Boîte en valise
    Alex Mylona Museum – Athènes
    avec : Farah Atassi, Laetitia Badaut-Haussmann, Jonathan Binet, Gaëlle Boucand,
    Louise Hervé & Chloé Maillet, Renaud Jerez, Pierre Labat, Christophe Lemaitre, Emilie Pitoiset,
    Elisa Pone, Julien Previeux, Florian Pugnaire & David Raffini, Clément Rodzielski,
    Benjamin Seror, Shingo Yoshida
    commissaires : Alexios Papazacharias et Denys Zacharopoulos

    2014
    Les Dérivés de la photographie – L’éclipse de la figure
    Artothèque de Pessac
    avec : Philippe Bazin, Victor Burgin, Serge Comte, Philippe Fangeaux, Hans-Peter Feldmann,
    Lee Friedlander, Paolo Gioli, Laurent Kropf, Pierre Labat, Lilly Lulay, Duane Michals,
    Kyoko Nagashima, Roman Opalka, Dennis Oppenheim, Jacques Perconte,
    Leila Sadel, Joachim Schmid, Roman Signer, Julien Tiberi
    commissaires : Anne Peltriaux, Corinne Veyssière, Alexandre Castéra, Claire Le Clézio

    2013
    Biennale d’art contemporain d’Anglet
    avec : Juan Aizpitarte, Karina Bisch, Clédat & Petitpierre, Vincent Ganivet,
    Marine Julié, Laurent Kropf, Ange Leccia, Fanny Maugey, Mathieu Mercier,
    Le pavillon Neuflize OBC, Jérôme Schlomoff, Bruce Bégout, Jean-Christophe Garcia
    commissaire : Didier Arnaudet

    2013
    L’art dans les chapelles
    Chapelle de Silfiac
    avec : Laurette Atrux-Tallau, Virginie Barré, Yves Chaudouët, Nathalie Elemento, mounir fatmi,
    Sarah Fauguet et David Cousinard, Lizan Freijsen, Gauthier Leroy, Saverio Lucariello,
    Maude Maris, Guillaume Millet, Philippe Million, Baptiste Roux, Sylvie Ruaulx,
    Edouard Sautai, Société Réaliste, Daniel Tostivint
    commissaires : Emilie Ovaere-Corthay, Karim Ghaddab

    2013
    Sur impression
    IAE – Bordeaux
    avec : Allora & Calzadilla, Alexander Costello, Jacques Lizène
    commissaires : Étudiants de l’IAE, Frac Aquitaine

    2012
    Specific Space
    L’Atelier/MPVite – Nantes
    avec : Aurélie Gravelat, Florine Léoni, Clément Laigle, Sylvain Baumann
    commissaire : Mpvite

    2012
    Armez les toboggans
    Centre d’Art Contemporain Le Quartier – Quimper
    avec : Robert Breer, Camila Oliveira Fairclough
    commissaire : Keren Detton

    2012
    Les Analogies Aléatoires
    Maison des arts – Grand-Quévilly
    avec : Hervé Bréhier, Ernst Caramelle, Julien Crépieux,
    Bertrand Grosol, Cyrille Maillot, Charlotte Posenenske
    commissaire : Karen Tanguy

    2011
    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blanc
    Frac Aquitaine – Bordeaux
    avec : Absalon, Karina Bisch, Harry Callahan, Nicolas Chardon, Hervé Coqueret, Stéphane Dafflon, Lee Friedlander, Katharina Fritsch, Thomas Hirschhorn, Cathy Jardon, Imi Knoebel, Jeff Koons, Pierre Labat, Mathieu Mercier, Thierry Mouillé, Roman Opalka, Florian Pugnaire, Hugues Reip, Thomas Ruff, Jean Sabrier, Anne Xiradakis
    commissaire : Claire Jacquet

    2011
    Infiltration, le privilège des chemins
    Plataforma Revolver – Lisbonne – Portugal
    avec : Ivan Argote, Bertille Bak, Aymeric Ebrard, Eva Nielsen,
    Gaël Peltier, Elisa Pône, Sylvain Rousseau, Rémy Yadan
    commissaire : Marianne Derrien

    2011
    Phénomènes
    Galerie Chez Néon – Lyon
    avec : Christian Andersson, Ulla Von Brandenburg,
    Pierre-Laurent Cassiere, Geert Goiris
    commissaire : In Extenso

    2011
    Pierre Labat / Tomas Martisauskis
    Galerie Vartai – Vilnius – Lituanie
    avec : Tomas Martisauskis
    commissaire : Augustina Matuseviciute

    2011
    Derrière les panneaux, il y a des hommes
    La Tôlerie – Clermont Ferrand
    avec : Jérémie Gindre, Louise Hervé et Chloé Maillet,
    Alexandra Pellissier, Gert Robijns, Éric Tabuchi, Richard Artschwager
    commissaire : Solenn Morel

    2010
    La Clarté du Labyrinthe
    Art-Cade – Marseille
    avec : Rémy Rivoire, Stéphanie Nava, Christine Sibran,
    Claire-Jeanne Jezequel, Jeppe Hein, Bettina Samson
    commissaire : Laurence Kimmel

    2009
    777
    Château de Kerpaul – Loctudy
    avec : Cécile Beau et Bertrand Rigaux, Claude Briand-Picard, Betty Bui,
    Clément Laigle, David Renaud, Sylvie Ruaulx/SRdLT, Maximilien Urfer
    commissaire : Sylvie Ruaulx, Christophe Cuzin

    2009
    3x3x3x3
    Galerie De Multiples – Paris
    avec : Karin Hueber, Knut Henrik Henriksen
    commissaire : Fanny Gonella

    2009
    The Drake Equation
    GalerieAcdc – Bordeaux
    avec : Antoine Dorotte, Bettina Hutschek, Samir Mougas,
    Tony Regazzoni, Sébastien Vonier, Christelle Bonnet
    commissaire : Émeric Ducreux

    2008
    Le renouveau du temps
    Maison Guerlain – Paris
    avec : Louise Bourgeois, Jeff Koons, Laurent Grasso, Claude Closky, Olivier Babin, Gianni Motti,
    Robert Barta, Colette Boursier-Mougenot, Alain Bublex, Spencer Finch, Bernard Frize,
    James Hopkins, Pierre Labat, Pierre Malphettes, Joe Scanlan, Gabi Trinkaus
    commissaire : Caroline Messensee

    2008
    MySpace
    École Supérieure des Beaux Arts – Rennes
    avec : Maxime Bondu, Johanna Fournier, Cyrille Mariën,
    Benoît-Marie Moriceau, Wilson Trouvé, Sébastien Vonier
    commissaire : François Aubart

    2008
    Zapping Unit
    La Ferme du Buisson – Noisiel
    avec : Marie Auvity, Olivier Babin, Fayçal Baghriche, Isabelle Cornaro,
    Julien Discrit, Élise Florenty, Claire Fontaine, Liza Gabry, Pierre Joseph, Wolf von Kries,
    Pierre Leguillon, Caroline Molusson, Cécile Paris, Gregg Smith, Éric Stephany,
    Tsuneko Taniuchi, Maxime Thieffine, …
    commissaires : Marie Auvity, Keren Detton

    2008
    Étienne Boulanger / Pierre Labat
    Galerie de l’École Supérieure d’Arts de Brest
    avec : Étienne Boulanger
    commissaire : foldedspace (Karen Tanguy et Albane Duvillier)

    2007
    The First Time I Ever Saw Your Face
    Holger Bleyhl’s studio – Freiburg
    avec : Holger Bleyhl
    commissaire : Holger Bleyhl

    2007
    The Re-Conquest of Space
    Overgaden – Copenhague
    avec : Karina Bisch, Knut Henrik Henriksen, Vincent Lamouroux,
    Guillaume Leblon, Katja Pfeiffer, Riccardo Previdi, Bettina Samson
    commissaire : Fanny Gonella

    2007
    Birds of a Feather
    GalerieAcdc – Brest
    avec : Bettina Hutschek, Yann Lemaitre, Jean-Paul Thaéron, Tony Regazzoni
    commissaires : Simon Gicquel, Émeric Ducreux

    2006
    Le plus petit dénominateur commun
    Immanence – Paris
    avec : Laurent Le Corre, Hervé Bréhier
    commissaire : Karen Tanguy

    2006
    Anthony Duchêne / Pierre Labat
    Astérides – Marseille
    avec : Anthony Duchêne
    commissaires : Guillemette Naessens, Nadine Maurice, Dorothée Wagner Un sculpteur du 21ème siècle
Notes sur Pierre Labat

Jean-Marc Huitorel

(extrait du catalogue édité par le Centre d’Art Contemporain Le Quartier,
sur l’exposition Armez les Toboggans)
    Dans ce que nous voyons, il y a ce qui se tient devant nous et qui nous regarde, mais aussi ce qui, nourri de notre mémoire visuelle et culturelle, affective autant qu’obsessionnelle, induit et informe notre regard. une grande part de l’expérience de l’art, du point de vue de sa contemplation et de sa compréhension, tient dans ce combat qui ne dit pas son nom, dans cet affrontement sourd dont les protagonistes ne se révèlent jamais clairement. Mais c’est également dans la complexité plus ou moins grande de cette concurrence que gît la qualité d’une œuvre.

Quand bien même on serait parfois tenté de les ranger au registre des installations, les pièces de Pierre Labat, c’est lui-même qui le dit, sont à considérer comme des sculptures. Formulé autrement, ce sont toujours des pièces rapportées, y compris dans les cas, et ils sont nombreux, où elles paraissent si bien articulées au lieu qui les contient, jusqu’à se confondre avec lui ; y compris, et cela arrive fréquemment, quand elles sont conçues et réalisées sur place, le lieu d’exposition faisant alors office d’atelier. S’il fallait ici, une fois encore, entrer dans la querelle sur la théâtralité de la sculpture minimaliste, on sent bien que Pierre Labat, cinquante ans après, ne souhaite pas essuyer le reproche que formula Michael Fried, pour la bonne raison que la scénographie, consciente ou inconsciente, n’est pas son propos. Si l’on veut comprendre un peu de ce qui se passe dans son travail, c’est plutôt vers les questions de forme, de matériau, d’appui et d’autonomie, de perspective, d’architecture, mais aussi d’expérience du regardeur, de perception, qu’il faut se tourner.

C’est alors que les interrogations pleuvent. Qu’est-ce qu’une sculpture abstraite? Qu’est-ce que l’expérience d’une sculpture (son expérience à elle, l’expérience de celui qui la conçoit, l’expérience de celui qui la pratique)? De quelle teneur est le dialogue entre la sculpture et le lieu où elle se trouve et où elle agit? Qu’est-ce que le temps s’agissant de la sculpture ? Que signifie réaliser des sculptures en 2012 pour un artiste de moins de 40 ans, à une époque où certes ce médium occupe à nouveau le devant d’une certaine scène, française en particulier, (mais quelle sculpture : formaliste ? habile ? liée au récit?); à une époque où, cependant, c’est la performance qui retient le plus l’attention ? Sachant cela, conscient des questions à défaut d’être porteur de réponses, de quelle manière introduire le corps dans le champ de la sculpture, et plus encore quand cette sculpture se souvient des specific objects? Qu’est-ce qu’une sculpture abstraite qui s’adresse au corps ? Est-ce une sculpture plutôt liée à la danse ou à l’espace ? Serait-ce une sculpture qui se sert des formes élémentaires et de l’espace pour solliciter le corps, pour suggérer une représentation de ce rapport-là ?

Au bout du compte, on en revient toujours au même défi, qui est aussi une sorte de dilemme : comment produire des pièces qui se souviennent et qui ne se souviennent pas de l’histoire de l’art? Qui soient spontanées et qui soient conscientes de leurs effets, de leurs attendus et de leur présupposés ? Comment produire une œuvre de qualité sans vouloir « bien faire », sans vouloir « mal faire » ?

Ce qui semble à l’œuvre chez Pierre Labat, comme, à divers titres, chez certains artistes de sa génération (Guillaume Leblon, Katinka Bock, Mélik Ohanian, Minoru Morikawa parmi d’autres), comme chez certains de ses aînés (Jean-Luc Moulène par exemple, ou Pedro Cabrita Reis), c’est une extrême attention au monde dans toutes ses instances : l’actualité, la science, l’art… On aura noté que les artistes sus mentionnés, pour la plupart, produisent des sculptures, mais pas seulement: Jean-Luc Moulène est connu comme photographe et Guillaume Leblon réalise des vidéos. Par ailleurs, pas un d’entre eux, pas même Pedro Cabrita Reis, ne s’est laissé piéger par le formalisme et la seule virtuosité, a fortiori par le dogme du médium. Si Pierre Labat, à ce point de son travail, conçoit exclusivement des objets tridimentionnels où forme, matière et couleur sont envisagées en tant que telles, il les inscrit dans un espace et dans un temps qui sont ceux du monde et de ses événements, dans un contexte où l’héritage formaliste se voit constamment soumis à l’épreuve du corps, comme si la performance tenait lieu ici d’inconscient de la sculpture. On est loin, en effet, à l’aube de cette deuxième décennie du 21ème siècle, non seulement du modernisme (et de son idéologie du white cube), mais aussi du postmodernisme (et de son éclectisme tantôt naïf, tantôt cynique). Non que tout ça soit balayé, ignoré, mais il incombe à l’époque de s’atteler à la tâche qui est la sienne : réintroduire dans la rigueur des formes élémentaires cette dimension anthropologique, consubstantielle à l’art, et que la sculpture en particulier eut provisoirement tendance à laisser de côté. Pour Pierre Labat, une « forme intéressante » est une forme qu’on « retrouve dans les domaines physiques, naturels, mathématiques, organiques, sociaux ». C’est le fruit d’une expérience maintes fois réitérée, vécue et perçue dans des contextes très différents, au fil de la vie et de ses micro événements (un bâton d’esquimau (la glace) que l’on tord, un ticket de métro que l’on plie…) autant que de l’histoire.

Dum-dum (2008) est à la fois un mur et une œuvre. un mur en tant que surface verticale marquant la limite de la pièce; blanc de surcroît, comme sont blancs les autres murs de la pièce. L’œuvre (peinte de la même couleur que le mur, comme dirait Claude Rutault) semble résulter d’une poussée de la paroi aboutissant, dans une énergie idéale autant que virtuelle, à une double incise formant motif cruciforme et dont le point d’intersection se trouve en surplomb du regardeur qui, de ce fait, doit lever les yeux, se soumettant ainsi à une logique architecturale plus que strictement sculpturale. Cette poussée du mur, c’est, une fois enregistré les retournements opérés par Malevitch puis par Fontana, l’exact contraire de la sensation perspective. L’incise et la croix. une forme archétypale fondée sur un geste aussi sec que violent: une opération. On ne pourra plus désormais, s’agissant d’appréhender une œuvre de Pierre Labat, séparer le souci de la forme d’une prise en compte très engagée du corps humain et de son expérience. C’est dans ce sens qu’il convient d’aborder les deux pièces conçues dans le cadre de l’exposition Armer les toboggans, en voisinage actif avec des œuvres de Robert Breer et de Camila Oliveira Fairclough.

L’Index des patiences se présente sous la forme d’un mur en parpaings de béton cellulaire, percé d’un trou à hauteur d’yeux. Cet orifice semble obtenu du patient grattage/frottage manuel de la surface et, n’était son aspect bien fini, il ferait penser à ces surfaces usées par les mains qui les ont touchées : les pieds de Saint Pierre à Rome ou les modestes statues et fontaines des chapelles bretonnes contre lesquelles, par exemple, les femmes venaient frotter leur ventre afin de s’assurer la fécondité. Sur le plan de la sensation visuelle, il peut certes évoquer certaines pièces d’Anish Kapoor (Sister Piece of When I am Pregnant, 2005, du musée de Nantes par exemple), mais c’est à la porte percée du Duchamp de Étant donné… qu’on songe le plus naturellement. Point cependant ici de belle ouverte et offerte mais, de manière apparemment plus déceptive, d’un côté le mur d’en face, de l’autre, l’entrée de l’exposition et la perspective du hall d’accueil. Pour l’artiste, cela évoque aussi bien une sculpture d’un certain Matvey Manizer (représentant un garde frontière accompagné de son chien) dans le métro de Moscou, que les gens caressent tous les jours, que le trackpad de son ordinateur, marqué par le frottage récurrent du doigt. Incongrument placé au milieu de la salle et incluant l’une des colonnes métalliques du lieu, le mur s’affirme davantage comme un signe d’architecture que comme une architecture en soi ; il s’agit en fait, comme toujours chez l’artiste, d’une sculpture et, plus encore, d’un lieu d’expérience. Tout ici, en effet, signale la présence et l’action du corps : le soin apporté à l’agencement des parpaings, le creusement de l’orifice scopique. Mais tout, aussi, invite à l’usage : y passer la main, caresser la surface lisse quoique toujours un peu rugueuse (le grain de la peau, et, pour revenir à Duchamp : « Prière de toucher »), regarder, y établir son horizon. Le mur ici, ce n’est pas tant ce contre quoi on butte que ce dont on peut faire le tour, à travers lequel on peut sinon passer (l’effet passe- muraille) au moins voir : une vision du monde somme toute optimiste…

Pierre Labat, contre une certaine tradition moderne et formaliste, intitule ses pièces ; ce n’est pas anodin. Il dit : « Pour moi un titre, c’est un deuxième travail, presque une deuxième histoire ». Si l’index en réfère au doigt qui, patiemment, creuse le trou, c’est aussi le doigt qui montre: l’index c’est le doigt du regard dans son rapport au réel. C’est aussi la liste des termes utilisés et la mention de leur emplacement dans le texte, une histoire de recherche. La patience (et le pluriel en est joli tant elles sont diverses) introduit ici le facteur temps, la patience qu’il a fallu pour que l’œuvre advienne et vive; le jeu de carte également. La vertu et le jeu: la vertu du jeu, la marque du hasard (par là rôde le fantôme de Roger Caillois, qui fut, il y a peu, le sujet d’une proposition curatoriale de Karen Tanguy à laquelle participa Pierre Labat).

Comme dans Dum-dum, le mur c’est l’œuvre. C’est ici le moment d’évoquer Fra Angelico. Pierre Labat dit souvent que, plus que de la sculpture, son travail (de sculpteur) provient de la peinture. Soit donc : le mur c’est l’œuvre. Au couvent San Marco, Fra Angelico a peint deux Annonciations : l’une dans le couloir nord, en haut de l’escalier qui mène aux cellules, la seconde, dans l’une des cellules, précisément la troisième. Le sujet est ici réduit au minimum : Gabriel, Marie et, à gauche, dans la seule portion d’extérieur, un frère dominicain. De l’architecture du lieu, n’apparaissent que deux colonnes ainsi qu’une vigoureuse voûte en arête. Le mur, c’est le mur, articulé au sol (qui n’est pas le sol) ; et le mur, c’est l’œuvre. Car c’est dans le blanc du mur, articulé au blanc du sol, dans cet espace d’une incroyable densité (on aime imaginer Robert Ryman s’en souvenant), entre l’Archange et la Vierge, que l’Angelico a placé l’Annonce divine, l’incroyable nouvelle qui se confond avec le blanc du mur. Rien d’imposé au regardeur hormis la totale liberté du livre blanc. C’est à cet art du mur que, probablement, Pierre Labat se réfère, non seulement dans L’Index des patiences, mais aussi dans de nombreuses autres pièces.

La seconde œuvre présentée au Quartier, Mr Anderson, est une pièce au double sens de piece et de room. Elle occupait la troisième salle du centre d’art quimpérois et consiste en une disposition de fers à béton, coincés entre sol et plafond, pliant d’un côté ou de l’autre selon la longueur de la tige, verticale quand la dimension de celle-ci correspond à la hauteur sous plafond. Ainsi dirait-on que les fins segments métalliques soutiennent le faux plafond qui n’occupe pas la totalité de la surface supérieure de la salle. Disposés vers les bords et touchant le sol à l’aplomb de ces points hauts, les fers à béton matérialisent (de façon bien immatérielle) un espace central très pénétrable et dont le volume semble obtenu de poussées tantôt centrifuges, tantôt centripètes, comme des voiles gonflées par le vent, un vent qui soufflerait de plusieurs côtés à la fois. Le visiteur peut bien entendu se déplacer à sa guise entre les tiges, entrant et sortant de l’espace ainsi ménagé. L’ensemble montre à la fois une extrême légèreté et une tension palpable.

Si, comme le souligne l’artiste, L’Index des patiences interrogeait le mur du point de vue de la peinture, Mr Anderson le fait à partir du dessin. Le choix du matériau, comme toujours chez Labat, produit du sens. Ici, le fer à béton signale l’alpha et l’oméga de l’architecture moderne et contemporaine: il n’est visible qu’au moment de la construction et ne réapparaît qu’à l’annonce de sa ruine. Ainsi Mr Anderson, dans cette salle d’exposition temporaire, se présente à la fois dans son principe d’élaboration et dans le signe de sa fin prochaine, au terme de l’exposition.

Nonobstant son allure minimale, elle n’est qu’un lointain écho du minimalisme tant son principe d’existence sous-tend de problématiques et de significations différentes. Ce dont il s’agit ici, c’est de construction humaine et de confrontation à la corporalité. La poussée qu’on y perçoit n’est pas seulement celle d’un pur principe architectonique, c’est aussi celle du corps qui ploie et qui force le passage, celle du souffle et de la respiration; et le visiteur qui déambule en son sein perçoit clairement cette situation à cheval entre l’appréhension de la forme et l’énergie quasi animale dont elle est habitée. C’est ce que confirme le titre, Mr Anderson, du nom du héros du premier Matrix qui, dans les suivants, s’appellera Néo. À la fin du film, Mr Anderson « absorbe »(en s’insinuant paradoxalement en lui) l’ennemi qui l’agressait et mime une sorte de gonflement à la suite duquel on dirait que les murs deviennent élastiques, comme s’ils répondaient à l’enivrante force de son souffle. Cette tension entre la forme et l’énergie du corps autorise par ailleurs l’analogie avec le mouvement chorégraphique, le corps se pliant aux injonctions plastiques du mouvement, entre chute et maintien. C’est un lien que l’on retrouve dans des pièces comme LFAV (2009), Plataforma Revolver (2011) ou Right Here Right Now (2009) qui rappelle Muybridge.

Dans sa préface à White Cube de Brian O’Doherty (il fallait bien y venir! Le fallait-il ?), Patricia Falguières rapporte ces mots désormais célèbres de Roland Barthes extraits de La Mort de l’auteur : « …un texte n’est pas fait d’une ligne de mots, dégageant un sens unique, en quelque sorte théologique (qui serait le message de l’Auteur-Dieu), mais un espace à dimensions multiples, où se marient et se contestent des écritures variées, dont aucune n’est originelle: le texte est un tissu de citations issues des mille foyers de la culture, (…) qui entrent les uns avec les autres en dialogue, en parodie, en contestation : mais il y a un lieu où cette multiplicité se rassemble, et ce lieu, ce n’est pas l’auteur, comme on l’a dit jusqu’à présent, c’est le lecteur : le lecteur est l’espace même où s’inscrivent toutes les citations dont est faite une écriture; l’unité du texte n’est pas dans son origine, mais dans sa destination (…). La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur.»

Plutôt que de gloser, une fois encore, sur la question du white cube et de la survivance de son orthodoxie, il semble plus productif de se demander ici comment un jeune artiste du début du 21ème siècle se positionne, non par rapport aux standards du modernisme, mais plutôt vis-à-vis de l’urgence qu’il ressent à produire de l’œuvre dans un contexte plus large. À observer les pièces réalisées à ce jour par Pierre Labat, on remarque qu’il ne s’embarrasse pas de présupposés théoriques ou de citations, mais qu’au contraire il se confronte, toute théorie sédimentée, à des problèmes concrets dont il réactive l’évidence et que nous signalions au début de ce texte. Par exemple : comment faire coexister une forme rigoureuse, qu’on définissait jadis comme abstraite, et une présence vivante ? Comment produire des sculptures qui n’ignorent pas le sous-entendu performatif de toute occurrence actuelle de l’art ? C’est, pensons-nous, par la prise en compte du regardeur/spectateur/visiteur, par la liberté sans limites qu’il lui reconnaît, que l’artiste parvient à instaurer ce lieu de dialogue et de tension qui, loin de signer la mort de l’auteur (plus que de mort de l’auteur, c’est d’œuvre ouverte, pour reprendre l’expression d’umberto Eco, qu’il s’agit ici), en fait au contraire l’un des éléments actifs du rapport intime et vital qu’il tisse avec la communauté.


Jean-Marc Huitorel

Été 2012

    °°°°°°°°°°°

    • snap projects & Paul Raguenes •

    SNAP.PROJECTS
    Ouvert du Mercredi au Samedi  de 13:30 à 18:00
    Adresse: 4, rue de la Thibaudière, 69007 Lyon
Station de métro: Saxe Gambetta
    Tel.: +33(0)6 74 84 67 06
Mail: infos.snap@gmail.com
    EQUIPE
    Paul Raguenes – CEO/directeur
Di Teng – Assistante
    Directeur artistique de Columna 02, l’exposition d’art contemporain dont le centre de Vienne est actuellement le cadre, Paul Raguenes vient d’ouvrir une galerie à Lyon.

    Installée dans un local de 75 m2 au plafond très élevé, rue de la Thibaudière dans le 7ème arrondissement, elle est idéalement située.

    Ce quartier qui a vu récemment l’ouverture d’un hôtel, le «Mama Shelter » au design signé Philippe Starck et de plusieurs autres galeries de peinture ou magasins dédiés au design est le dernier quartier en vogue à Lyon dans ce domaine.

    La galerie dont l’inauguration s’est déroulée jeudi 10 octobre a été baptisée par son créateur « SNAP » « J’ai choisi cette dénomination parce qu’elle propose plusieurs définitions en forme de clin d’œil », explique Paul Raguenes.

    Il précise :  »Cela signifie à la fois… Syndicat National des Arts Plastiques, mais aussi claquer des doigts ou devenir fou en argot..! »

    L’ambition du plasticien bien connu à Vienne est de présenter au sein de cette galerie des artistes à l’aura internationale, mais qui n’ont pas ou peu exposé en France et encore moins dans la capitale des Gaules.

    A cet égard, la première exposition, consacrée à l’artiste hollandais Jan Van der Plog, s’inscrit bien dans cette lignée. Il n’a exposé que deux fois en France, dans une galerie parisienne et dans le cadre de Columna 01, la première exposition d’art contemporain, organisée par Paul Raguenes à Vienne et Chasse-sur-Rhône en 2011. Jan Van der Plog pourtant un artiste voyageur qui a exposé dans le monde entier.

    Une des œuvres exposées sera peinte à même l’un des murs de la galerie. « Ses œuvres peuvent faire penser à l’abstraction géométrique, mais avant tout, cet artiste cherche à développer des motifs qui peuvent avoir une utilité pour l’Humanité », explique le nouveau responsable de galerie .

    Paul Raguenes a déjà programmé les dix artistes que seront exposés au cours des deux années à venir. Artiste, certes, mais aussi organisé et prévoyant…
    Dominique Largeron

    °°°°°°°°°°°°°

    Paul RAGUENES

    Biographie
    1964
     
    Né à Lyon, France
    1987
     
    Diplômé de l’Ecole des Arts Appliqués, Lyon
    1988-92 Travaille comme graphiste
    Vit et travaille à Vienne, Isère, France

    Expositions personnelles
    2008
     
    Mews42/Vanessa Suchar, London confidencial, London, GB
    Art Paris, Vanessa Suchar, Paris, France
    BKHF Gallery, Miami, USA
    Galerie Roger Katwijk, Amsterdam, NL
    2007
     
    ArtRotterdam – Le Besset/ Parc de sculptures – NL
    2006
     
    Galerie Guy Bärtschi – Geneva – CH
    Galerie Schmitt – Insbruck-Hall
    Palmbeach 3- Auden Galerie+Globalartaffairs- USA
    2005
     
    Scope Miami- Vanessa Suchar/ Le salon for art collectors- USA
    La lune en parachute- Centre d’ Art- Epinal- F
    2004
     
    Galerie BMG- Brussels- B
    Galerie Pimm Van Der Donk- Hamburg- D
    2003
     
    Galerie Nanky de Vreeze- Amsterdam- NL
    2002
     
    ArtBrussels- Galerie Guy Bartschi- Geneva- B
    Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    2001
     
    Galerie Akié Arichi- Paris- F
    1999
     
    Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    1996
     
    Galerie du Manoir- La Chaux de Fonds- CH
    Le gymnase-La Chaux de Fonds- CH
    1995
     
    CNIT- Essec- Paris
    Galerie Patrick Gaultier- Quimper- F
    1994
     
    LeoTony Gallery- New-York- USA
    MAD- Lausanne- CH

    Expositions collectives
    2007
     
    Vanessa Suchar/ Le salon for art collectors – Paris – F
    ArtAmsterdam – Galerie Krijger+Katwijk – Amsterdam – NL
    Le Besset / Parc de sculptures – St Jaure d’Andaure – F
    Galerie Krijger+Katwijk – Amsterdam – NL
    Galerie Guy Bärtschi – Geneva – CH
    2006
     
    Bridge art fair – Vanessa Suchar/Le salon for Art collectors – Miami – USA g
    Slick 01 – Vanessa Suchar/ Le salon for art collectors – Paris – F
    Lincart – San Francisco – USA
    ART(212) – Vanessa Suchar/ Le salon for art colectors – New York – USA
    Vanessa Suchar/ le salon for art collectors – London – GB
    Galerie Lausberg – Dusseldorf – D
    Galerie Lukas Feichtner- Vienna- A
    Galerie Metropolis- Lyon- F
    ArtRotterdam- Le Besset/ Parc de sculptures- NL
    Vanessa Suchar/ le salon for art collectors- London- GB
    Le Besset/Parc de sculptures- St Jaure d’ Andaure- F
    Kunstrai – ArtAmsterdam – Galerie Krijger+Katwijk – Amsterdam – NL
    2005
     
    Ludwig Museum- Koblenz- D
    Paul Dini Museum- Villefranche/Soane- F
    Galerie Metropolis- Lyon- F
    PanAmsterdam- galerie Krijger+katwijk- Amsterdam- NL
    Kunstzurich- Auden Galerie+ Globbalartsaffairs- Zurich- CH
    Le salon for Art Collectors- Vanessa Suchar- Paris- F
    Kunstrai- Galerie Krijger+Katwijk- Amsterdam- NL
    Le Besset- St Jaure d’ Andaure- F
    ArtFrankfurt- Globalartaffairs- NY
    Galerie Lausberg-Dusseldorf- D
    2004
     
    ArtRotterdam- Le Besset- NL
    In the Mood for light- Marconi- Brussels- B
    galerie Arti Capelli- St Hertorenbosch- NL
    ArtFrankfurt- Globalartaffairs- NY- D
    Galerie Krijger+Katwijk- Amsterdam- NL
    Red- Galerie Pimm Van Der Donk- Hamburg- D
    2003
     
    Galerie BMG- Brussels- B
    Le Besset- St Jaure d’ Andaure- F
    Scope Miami- Le salon for Art Collectors- Vanessa Suchar- USA
    ArtRotterdam- Galerie Olivier Houg- Lyon- NL
    Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    HVC Brugmann- Brussels- B
    Kunstrai- Galerie Nanky de Vreeze- Le Besset- NL
    2002
     
    Kunstrai- Galerie Nanky de Vreeze- NL
    ArtRotterdam- Galerie Olivier Houg- Lyon- NL
    Le salon for Art Collectors- Vanessa Suchar- London- GB
    Galerie Nanky de Vreeze- Amsterdam- NL
    Galerie BMG- Brussels- B
    2001
     
    Artissima Turino- Galerie Olivier Houg- Lyon- It
    Musée Paul Dini- Villefranche/soane- F
    ArtParis- Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    Galerie Guy Bartschi- Geneva- CH
    Salon de Mars- Genève- Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    2000
     
    ArtParis- Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    Galerie Guy Bartschi- Geneva- CH
    1999
     
    Galerie Uta Goppelsroder- Bretten- D
    Galerie Olivier Houg- Lyon- F
    1998
     
    Musée Hébert- Grenoble- F
    Galerie Guy Bartschi- Geneva- CH
    1997
     
    Centro d’Arte La Pescaoila- Pisa- I
    Galerie Nelly L’ Eplattenier- Lausanne- CH
    Galerie Guy Bartschi- Geneva- CH
    1996
     
    Galerie Guy Bartschi- Geneva- CH
    1995
     
    Galerie Guy Bartschi- Geneva- CH
    LeoTony Gallery- New-York- USA
    1994
     
    L’AAG- St Cannat- F

    Collections, musées
    Musée Paul Dini- Villefranche/saône
    Akzo Nobel Foundation. Amsterdam
    Artothèque de Lyon.
    Banque Insinger de Beaufort. Den Haag
    Inter American development Bank. Chicago
    City of Villeurbanne.
    City of Vienne.
    City of Lyon.
    Lyonnaise de Banque.
    Rhone-Poulenc.
    Beatrix d’Orange the Nederlands queen’s collection
    De Sede AG. Zurich

    Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+Email to someonePrint this page